Bergerie d'Orgevat

 
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Fête de la Saint-Michel dans le domaine d’Orgevat (Lac de Gers)

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Journée des préparations  Qu’il fait chaud en ce dernier samedi de septembre deux mille onze… l’été s’est fait indien… et un peu partout on bronze.  La cérémonie annoncée fait monter une vingtaine de curieux et d’amis sur le chemin escarpé qui conduit aux festivités,  La route est longue et il fait chaud, de plus en plus chaud, quand on arrive on est en eau face à la ferme qui se rapproche avec le lac en contrebas.

Dans le vallon suspendu notre regard s’incline jusqu’au pied des montagnes qui veillent sur le silence et la pureté de ce ciel et de cette terre.

Ici, l’herbe humide et le vent plus frais invitent à une pause apéritive devant l’agneau qui se dore audessus des braies du méchoui.

Les pommes de terre enrobée d’aluminium brillent dans la cendre.

Les feuilles de laitues attendent d’être prises dans un filet d’huile et de vinaigre avec une moutarde à l’ancienne.

Le gigot préparé par un rôtisseur renommé à Genève laisse au palais son moelleux royal ; la pomme de terre et la salade, un avant-goût du paradis.

Heureusement, Jean-Marie montre l’exemple en s’approchant discrètement de la table de travail ! Il est passé midi la tâche à accomplir attend : il faut bien dynamiser la culture avant de la savourer.

Voilà Dominique, le maître de cérémonie, qui se précipite dans la grange et en sort des amphores, des cuvettes, des cornues et des trompettes.

La table massive en vieux bois buriné se transforme en autel pour célébrer la majesté de l’univers en ce moment de l’année où l’on s’achemine vers l’hiver.

Bien vite on découvre le trésor caché dans les objets mystérieux qui serviront à l’alchimie subtile de l’amour entre le soleil retrouvé et la terre obscurcie à la morne saison.

Les boutons des pissenlits séchés et la camomille conservée durant les longs mois de l’été sont maintenant pétris dans un bouillon pour former une pâte onctueuse.

Les boudins, les viscères et les parois animales sont bientôt déroulés pour être fourrés de toutes ces essences végétales.

Quant à la cuve d’un hectolitre remplie d’eau à moitié comme les fonds baptismaux, elle reçoit la bouse enfouie dans une corne qui a séjourné sous la terre et la dernière neige.

Alors ! On brasse. Chacun son tour et à tour de rôle, alors on tourne dans un sens et puis dans l’autre pendant une heure pour dynamiser l’eau et l’engrais.

Alors on creuse ! A quarante centimètres sous la terre aux quatre coins des jardins pour enfouir le pissenlit et la camomille dans leur enveloppe déposée dans le grès.

Alors on puise !… l’eau déjà brune de la cuve pour la vaporiser sur les jardins en friche et le pâturage où les agneaux séjourneront.

L’obscurité est bien vite arrivée et les travaux sont terminés, il est l’heure de préparer le bivouac pour ceux qui passeront la nuit étoilée dans la ferme au sommet.

Je me souviendrai longtemps de cette fête de la Saint-Michel où j’ai eu l’occasion de rencontrer le petit-fils d’un voisin de Rudolf Steiner à Dornach qui m’a dit :

« Steiner avec ses convictions a ébranlé tout le village il y a un siècle. Par ses idées révolutionnaires il s’est mis à dos tous les chrétiens déjà protestants ! »

J’avais envie de lui répondre : « pourvu que ça dure », mais je ne l’ai pas fait !

24 septembre 2011, Jean-Paul Reichle