Article de Rémy Mogenet paru dans le Genevois.com n° 506 du lundi 8 novembre 2004
Orgevat fut autrefois une colonie créée par les Barnabites en haut de la côte d'Hyot, près de Bonneville. Un chemin de croix sur une falaise dominant la vallée de l'Arve marque l'importance religieuse du site. La Résistance y a également joué un rôle. Depuis quelques décennies, cependant, ce village était quasi désert. Le dernier habitant est mort dans la misère, seul, il y a déjà cinquante ans.
Celui qui ne songe pas à « Regain », de Jean Giono, ne l'a pas lu. Car c'est de retour printanier à la terre dont il s'agit. La Bergerie d'Orgevat exclut, en général, la mécanisation. Et elle s'efforce de soutenir son oeuvre écologique par les directives dites de la biodynamie, dont le philosophe Rudolf Steiner a livré les principes dans un cycle de conférences donné en Allemagne il y a presque cent ans.
Steiner pensait que la vie ne pouvait se saisir dans sa spécificité par l' observation des seuls phénomènes physiques. Or, l'agriculture ne manipule que du vivant. Une méthode pouvant à la fois respecter l'environnement et produire des aliments de bonne qualité et en quantité appréciable pouvait être développée par la compréhension des principes qui président à la croissance des plantes. Car les lois physiques permettent certainement de saisir, par exemple, la pesanteur ; mais il faut bien reconnaître que la force qui attire les végétaux vers le haut reste un mystère.
Si on est matérialiste, on se dit que ce mystère peut s'expliquer par d' autres lois physiques qui se combinent avec celles que l'on connaît déjà pour former un cycle encore trop complexe pour être mesuré par l'intellect. Mais rien ne le prouve, en l'état actuel des choses. Et Steiner pensait que la vie était de nature immatérielle. Son but était donc de saisir par lapensée la nature immatérielle de la vie.
Les mystiques, en général, admettent bien son postulat, mais ne croient pas possible que la pensée saisisse les mystères profonds de la vie. Cependant, à propos de l'agriculture, précisément, Steiner a donné des exemples montrant, à ses yeux, que c'était en réalité possible, et c'est l'ensemble de ces exemples qui forme le contenu de la biodynamie.
Des expériences ont été faites pour le vérifier et, en règle générale, on peut estimer qu'elles ont été plutôt concluantes. Dans un tel domaine, d' immenses progrès peuvent sans doute être encore réalisés, si l'on admet que le point de départ de la réflexion est valable. Mais déjà, les résultats sont remarquables, et les aliments excellents et assurément propres à entretenir la santé physique et psychique des consommateurs.
Personne ne prétend que tout devrait se soumettre à cette méthode ; les traditions peuvent elles aussi contenir des trésors de science. Néanmoins, à une époque où ces traditions se perdent, il faut parvenir à le compenser par des expériences nouvelles. Et comme on ne peut pas prouver qu'elles ne sont pas valables ; comme seuls des préjugés sont à même de contester radicalement les principes de cette méthode, il faut, au contraire, rester ouvert à ses perspectives.
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Le billet de Rémi Mogenet
Membre correspondant de
l'Académie Florimontane
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