Article de Rémy Mogenet paru dans le Genevois.com n° 506 du lundi 8 novembre 2004
La Savoie doit s'honorer d'être le lieu où des entreprises aussi ambitieuses que la Bergerie d'Orgevat (dont j'ai parlé plus haut) prennent place. La générosité, la foi, le courage des fondateurs de cette ferme doivent servir d'émulation à tous ceux qui désespèrent de voir notre civilisation se renouveler. Les membres de l'Association veillent eux-mêmes à s'insérer dans le paysage local, y compris sur le plan culturel : ils ne sous-estiment nullement l'importance du génie du lieu.
Bien au contraire, ils savent que plus ils le saisiront en profondeur, plus les principes qui président à la vie iront dans le sens de leurs souhaits. C'est révolutionnaire, et en même temps, c'est la renaissance d'une terre qui n'a jamais fait que tendre à s'endormir. La biodynamie réveille l'âme d'Orgevat, en lui donnant une nouvelle forme : car elle s'en était allée, laissant derrière elle son triste fantôme. Et maintenant, elle ouvre un oeil ; bientôt, soyons-en sûrs, elle ouvrira aussi l'autre ! La Bergerie d'Orgevat, en effet, invite ses visiteurs à accomplir le chemin de croix des Barnabites. Elle prend soin, aussi, de rappeler la présence de la Résistance sur le site. Lors des réunions, elle s'enquiert de ce qui, historiquement, a existé dans la vallée et les montagnes environnantes. Le folklore savoyard ne l'int éresse pas moins. Et les grands écrivains qui ont vécu dans notre région et ont modelé ou ont témoigné d'une façon éclatante de l'état d'esprit qui y règne éveillent sa curiosité. En un mot, les traditions du Faucigny sont accueillies avec entrain en leur sein.
Évidemment, puisque les biodynamistes considèrent que l'essence de ces traditions s'est dissoute, ils ne peuvent se soumettre complètement à ce qu'il en reste. Or, partout, il y en a qui se plaignent de ce qu'on puisse prétendre avoir des idées sur le monde différentes de celles des gens qui font autorité dans la société. La plupart des gens sensés savent pourtant bien que l'avis de ces derniers ne peut pas être absolument admis comme un commandement divin. La liberté est une nécessité parmi les hommes. Et on ne peut pas dire que la biodynamie nuise en quoi que ce soit à l'hygiène publique.
Incidemment, diront certains, il est tout de même nuisible qu'on laisse des illusions se développer : cela déséquilibre les esprits. Or, on peut toujours regarder les idées de Steiner sur l'agriculture comme relevant précisément d'un leurre. Certes, mais nous sommes à une époque où l'esprit critique doit être du ressort de chacun ; les autorités sont chargées de veiller à ce que ce soit le cas. Si ces mêmes autorités, en raison du danger qu'elles entrevoient, décident d'avoir toutes seules de l'esprit critique pour tout le monde, en sanctionnant ceux dont elles estiment qu'ils se nourrissent d'illusions, on peut dire que cela est nuisible, précisément, au développement de l'esprit critique chez l'individu : car si on pense à sa place, pourquoi s'efforcerait-il d'en avoir ? Ce n'est pas si facile. Cela s'apprend.
Il faut donc regarder comme pleinement légitime, y compris sur le plan moral, l'existence de la Bergerie d'Orgevat : elle est l'occasion, pour les individus, de juger par eux-mêmes de ce qu'il en est. Leur devoir est, ainsi, de s'y intéresser, et non de la blâmer en principe. S'il y en a qui veulent continuer à faire comme au Moyen Âge et à penser pour les autres, il faut se dire que c'est eux qui sont dans l'illégalité la plus complète. Car, en France, la Liberté, l'Égalité et la Fraternité n'ont même pas à être remises en question. C'est un dogme, mais au sens le plus saint ; il faut en être bien conscient !
Évidemment, puisque les biodynamistes considèrent que l'essence de ces traditions s'est dissoute, ils ne peuvent se soumettre complètement à ce qu'il en reste. Or, partout, il y en a qui se plaignent de ce qu'on puisse prétendre avoir des idées sur le monde différentes de celles des gens qui font autorité dans la société. La plupart des gens sensés savent pourtant bien que l'avis de ces derniers ne peut pas être absolument admis comme un commandement divin. La liberté est une nécessité parmi les hommes. Et on ne peut pas dire que la biodynamie nuise en quoi que ce soit à l'hygiène publique.
Incidemment, diront certains, il est tout de même nuisible qu'on laisse des illusions se développer : cela déséquilibre les esprits. Or, on peut toujours regarder les idées de Steiner sur l'agriculture comme relevant précisément d'un leurre. Certes, mais nous sommes à une époque où l'esprit critique doit être du ressort de chacun ; les autorités sont chargées de veiller à ce que ce soit le cas. Si ces mêmes autorités, en raison du danger qu'elles entrevoient, décident d'avoir toutes seules de l'esprit critique pour tout le monde, en sanctionnant ceux dont elles estiment qu'ils se nourrissent d'illusions, on peut dire que cela est nuisible, précisément, au développement de l'esprit critique chez l'individu : car si on pense à sa place, pourquoi s'efforcerait-il d'en avoir ? Ce n'est pas si facile. Cela s'apprend.
Il faut donc regarder comme pleinement légitime, y compris sur le plan moral, l'existence de la Bergerie d'Orgevat : elle est l'occasion, pour les individus, de juger par eux-mêmes de ce qu'il en est. Leur devoir est, ainsi, de s'y intéresser, et non de la blâmer en principe. S'il y en a qui veulent continuer à faire comme au Moyen Âge et à penser pour les autres, il faut se dire que c'est eux qui sont dans l'illégalité la plus complète. Car, en France, la Liberté, l'Égalité et la Fraternité n'ont même pas à être remises en question. C'est un dogme, mais au sens le plus saint ; il faut en être bien conscient !
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Le billet de Rémi Mogenet
Membre correspondant de
l'Académie Florimontane
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